Washington: des gants de velours, Moscou: l’élimination physique
Jusqu'à mercredi, Gui-Gui est en mission officielle aux États-Unis. Mais il ne voyage pas seul. Il est accompagné d'une solide délégation: Xavier Bettel, chef de la diplomatie, dont les compétences couvrent non seulement la politique étrangère, mais aussi le commerce extérieur, la guerre et la coopération; le ministre de l'Économie, de l'Espace, de l'Énergie et du Tourisme, Lex Delles; et – last, but not least – le ministre des Finances, des Banques, des Douanes et des Sanctions, Gilles Roth.

La visite en Amérique tombe à pic: il s'agit d'impressionner le Daddy et de lui montrer qu'avec nous – même si nous sommes un micro-État – nous comptons comme une puissance mondiale. On ne se moque pas de nous. La fragilité des petits pays, Trump l’a encore démontrée cette semaine, lorsqu’il s’est attaqué au Pape et a réclamé un changement de régime au Vatican.
Daddy doit être impressionné
L'objectif de la visite est de renforcer les relations bilatérales, écrit le Wort.
Le Luxembourg reste reconnaissant envers ses libérateurs de 1945, et l'on attend désormais la déclaration de Bettel: «I am an American.» Nous avons déjà Goodyear, DuPont, Amazon, Bank of America, des McDonald's dans chaque zone artisanale, nous buvons beaucoup de Coca‑Cola et nous allons maintenant accueillir Google.
Mais ce n’est pas tout. Nos dirigeants se sont fait photographier avec la nouvelle ambassadrice Stacey Woolf Feinberg – et ont fièrement partagé les photos sur les réseaux sociaux. Le nouveau Luc et et le vice-Premier Bettel, tous deux avec leur plus beau sourire, épaule contre épaule avec la dame que Trump nous a envoyée au Luxembourg. Pas de note de protestation. Pas de poignée de main distante. Juste: «Cheese!»

Le message était clair: nous sommes amis. Bons amis. Les meilleurs amis.
À Washington, le ministre de l'Espace Delles participe au Colorado Space Symposium, la plus grande rencontre mondiale d'experts débattant de l'avenir du cosmos. Il espère secrètement faire des affaires avec l'homme le plus riche du monde, Elon Musk – ou au moins l'apercevoir de loin.
Le ministre des Banques et des Finances Roth a lui aussi une mission importante en Amérique. Il participe aux réunions du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale. En tant que paradis fiscal, le Luxembourg est d'ailleurs parfaitement à sa place au sein de la «mafia de Washington», comme ces institutions sont parfois appelées ironiquement.
Avant même le départ, le gouvernement était unanime: pas un mot sur la démocratie ou les valeurs occidentales, aucune remarque déplacée sur les droits de l'homme ou le respect du droit international. La mission repose exclusivement sur la devise: Business as usual. Car seul «money makes the world go round».
À la même heure, non loin de là, à Washington : le roi des Pays-Bas est reçu en personne par Trump avec un dîner officiel à la Maison-Blanche. Le Grand-Duc de Luxembourg ? Il a le privilège d'applaudir à New York lors de la remise des prix du «Luxembourg-American Chamber of Commerce Business Award».
L'explication est simple: Trump sait où se trouvent les Pays-Bas.

Pendant ce temps sur Facebook: la guerre
Pas la guerre que Trump a déclenchée contre l'Iran – l'autre. La guerre des commentaires. Quatre-vingts commentaires sous le post du Wort, et pas un seul qui dit: «Super idée, Monseigneur!» Non, les Luxembourgeois sont outrés :
«À peine en fonction et déjà la première erreur!»,
«Des relations avec un État voyou? Avec un fauteur de guerre?!»,
«On aura honte de cette mission pendant longtemps!»,
«Quand va‑t‑on arrêter de lécher les bottes des Américains, Monseigneur?»,
«Il pourrait prendre exemple sur le Pape!»
Le Pape! Nous citons le Pape comme boussole morale! Qui aurait imaginé cela il y a encore trois mois?
Et puis il y a la cerise sur le gâteau:
«Qu'il fasse attention, Trump pourrait le mettre dans un avion et l’expulser vers Cuba avec sa mère cubaine.»
Géopolitique à la luxembourgeoise.
Dans ce contexte, nous renvoyons volontiers au post de la page Facebook «La question parlementaire la plus conne».
Bien sûr, on peut dire que le Grand-Duc ne décide pas lui‑même. Il va là où le gouvernement l'envoie. Mais un chef d'État qui serre des mains devient le visage de ce qui se décide derrière les portes closes – et les visages restent dans les mémoires.
Deux poids, deux mesures – comme d'habitude
Étonnant, ce revirement de la diplomatie luxembourgeoise. Le 2 mars 2022 – la guerre en Ukraine venait d'éclater – l'ancien chef de la diplomatie luxembourgeoise Jean Asselborn, sous le Premier ministre Bettel, s'était exprimé sur radio socio-culturelle 100,7. Et qu'a-t-il dit? Pas d'appel diplomatique. Pas de «renforcement des relations bilatérales».
Non. Asselborn avait déclaré très clairement que la meilleure solution serait d'«éliminer physiquement Vladimir Poutine».
Éliminer physiquement. À la radio publique. Sans sourciller.
Trump, pourtant – que beaucoup considèrent comme causant bien plus de dégâts dans le monde que Poutine n'aurait jamais osé en rêver – est traité avec des gants de velours. Pas de note de protestation. Pas un mot acéré du ministre des Affaires étrangères. Pas même une petite remarque discrète et anodine lors d'une conférence de presse. Et ce, alors que Trump a menacé d'anéantir tout un peuple, fait bombarder écoles et hôpitaux, universités et maisons – avec les gens à l'intérieur, bien entendu.
Deux hommes. Deux guerres. Deux poids, deux mesures. Selon Asselborn, Poutine devait être « éliminé physiquement ». Trump, lui, se voit dérouler le tapis rouge.
Un utilisateur Facebook a résumé la situation avec une touche philosophique:
«Le Luxembourg et les États-Unis – une tête et un c**. La question est juste: qui est la tête?»
Nous le saurons. Du 12 au 17 avril.
D'ici là, nous retenons notre souffle.
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