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303 emplois supprimés chez ArcelorMittal

L’art de sourire pendant la réduction d’effectifs

Alors ? Vous avez déjà souri aujourd’hui ? Au Luxembourg, on sourit toujours beaucoup et volontiers. C'est une tradition plus ancienne que les hauts‑fourneaux de la région Minette.

Sur la photo de la signature de l'accord Lux2029 avec ArcelorMittal, on ne sourit pas simplement. C'est une autre catégorie de sourire: celui qu'on affiche quand on prétend annoncer une bonne nouvelle.

Photo de presse avec des représentants du gouvernement, des syndicats et de la direction lors de la signature de l’accord Lux2029, qui prévoit la suppression de 303 emplois chez ArcelorMittal au Luxembourg. Sur la photo, on sourit jusqu’aux oreilles.
▲ L’art de sourire pendant la réduction d’effectifs.

Sur cette photo, on voit la direction d'ArcelorMittal, le gouvernement et les syndicats sourire jusqu'aux oreilles, comme s’ils venaient d'inaugurer une nouvelle usine. Alors qu'ils viennent de liquider 303 emplois. Mais bien sûr, «sans licenciements».

Au Luxembourg, on ne licencie pas – on disparaît dans la préretraite ou on atterrit dans la cellule de reclassement. Ce n’est rien d’autre que du chômage déguisé – simplement mieux emballé, avec un sourire pour les photographes.

RTL écrit que « l’industrie sidérurgique a encore un avenir ».

Oui, elle a un avenir – tout comme une vieille locomotive a un avenir lorsqu’elle est exposée au musée du Fond‑de‑Gras.

Les chiffres parlent d’eux‑mêmes :

  • à l’époque glorieuse : jusqu'à 30 000 travailleurs,
  • aujourd'hui : 3 300,
  • demain : 3 300 moins 303,
  • après‑demain : voyons ce que l'IA permettra encore.

Autrefois, la sidérurgie était le premier employeur du pays. Aujourd'hui, ArcelorMittal n’emploie plus que 3 300 personnes – moins que les CFL, moins que Dussmann, moins que Cactus, moins qu'Amazon, moins qu'une banque. Une société de nettoyage emploie désormais plus de monde que toute l'industrie sidérurgique.

L'IA est la seule à avoir encore un véritable avenir ici. Elle rend les humains superflus. Elle travaille sans pause, sans pension, sans syndicat et sans treizième mois. Elle n'a besoin que d'électricité – et celle‑ci est devenue si chère en Europe que l'industrie préfère aller là où la facture est plus légère: aux États‑Unis, en Chine ou en Inde.

Et comme si cela ne suffisait pas, Alain Le Grix de la Salle, président d'ArcelorMittal France, se présente devant le Parlement français et prononce ces mots que personne ne veut entendre au Luxembourg:

«Tous les sites européens d’acier sont à risque de fermeture.»

Ce n'était pas une exagération. C'était un diagnostic – ignoré ici, parce qu'il ne correspond pas au récit que le gouvernement et les partenaires sociaux nous vendent depuis quarante ans.

La politique énergétique européenne rend l'industrie impayable, les réglementations CO₂ la rendent peu attractive, les États‑Unis subventionnent leur industrie à coups de milliards, et en Asie, l'acier est produit pour une bouchée de pain.

Le résultat est aussi simple qu’une équipe du matin à la coulée: l'industrie va là où elle peut maximiser ses profits. Et ce n'est ni l'Europe ni le Luxembourg.

Mais sur la photo, on sourit. Sourire amical, sourire diplomatique, sourire syndical, sourire ministériel.

Seules les 303 personnes poussées vers la préretraite ou le reclassement n'ont aucune raison de sourire.

On dit qu'il y a autant à sourire qu’à pleurer. Mais ici, sourire est une obligation. Ici, on sourit toujours – même quand il n’y a rien à sourire.

stratégie de sortie

La photo de l'accord Lux2029 n’est donc pas qu’une simple photo. C’est une image qui efface la réalité, une réalité que personne ne veut voir.

Une industrie qui employait autrefois 30 000 personnes – et qui aujourd'hui compte à peine autant de travailleurs qu'un match Jeunesse – Fola compte de spectateurs.

Lux2029 n'est pas un accord d’avenir – c'est une stratégie de sortie escortée par des ministres.

Et comme toujours: celui qui rit le dernier rit le mieux. Et ce ne seront pas les sidérurgistes – mais ArcelorMittal, qui s’en ira dès que les conditions ne lui conviendront plus.

Il ne reste donc au final qu’une seule vérité – ou plutôt deux :

Never trust a smiling cat – Ne faites jamais confiance à un chat souriant.

Et comme disent les paysans : C'est au groin qu'on reconnaît les cochons.

Et maintenant, Goodyear annonce à son tour jusqu’à 600 suppressions d’emplois. Il y aura donc bientôt de quoi à sourire.


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