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Le monde parallèle du nouveau Luc

«Les Taxes douanières américaines n’ont aucun impact sur l’économie luxembourgeoise»

Luc Frieden a le don de vendre des contes de fées comme des vérités économiques. Dans une interview sur RTL, il affirme que les sanctions douanières américaines n’ont «pas de grand impact» sur l’économie luxembourgeoise. Nous voilà donc tous rassurés. Pourtant, même au sein du CSV, cette déclaration du Premier ministre fait grincer des dents. Son collègue de parti, Laurent Mosar, qualifie la politique tarifaire de Trump de «catastrophe pour le commerce mondial».

L’économie mondiale tremble, mais selon le nouveau Luc, le Luxembourg reste épargné. On croirait que le Grand-Duché est une île enchantée où le soleil brille toujours, entourée de marchés en tempête. Or, ceux qui connaissent Luc Frieden savent qu’il n’est pas un naïf. S’il y a bien quelqu’un qui devrait comprendre les risques de la politique fiscale internationale, c’est lui. Ancien président de la Chambre de commerce – qui tire aujourd’hui la sonnette d’alarme en parlant de «rupture historique» – il a aussi dirigé Eurochambres, l’organisation faîtière des chambres de commerce européennes. Ajoutons à cela son rôle de président du conseil d’administration de la BIL et de Vice Chairman de la Deutsche Bank à Londres – là où les marchés mondiaux ne sont pas seulement observés, mais façonnés. Apparemment, son passage à Londres ressemblait davantage à un stage en embellissement de la réalité.

ArcelorMittal, le géant invisible

Le géant de l’acier ArcelorMittal, basé au Luxembourg avec 3.600 employés, est l’un des plus grands au monde – et directement touché par les droits de douane punitifs de Trump. Une taxe de 25% sur l’acier, ce n’est pas une broutille, mais un coup économique en pleine figure. Un quart des exportations luxembourgeoises de métal partent vers les États-Unis! Le groupe se plaint déjà d’une baisse de la demande. Mais dans le monde de Frieden, ArcelorMittal semble avoir été effacé de la mémoire collective. Peut-être que l’entreprise exporte de l’acier symbolique – pour la stabilité émotionnelle de la nation.

Les sous-traitants de l’automobile oubliés?

Les sous-traitants luxembourgeois du secteur automobile – environ 700 entreprises avec plus de 8.000 salariés – dépendent du pouls de l’industrie automobile européenne. Si des constructeurs allemands comme BMW ou VW exportent moins à cause des taxes américaines, cela touche aussi les fournisseurs luxembourgeois. Le secteur envisage déjà le chômage partiel. Mais selon Frieden, ce n’est pas un problème. Peut-être pense-t-il que les capteurs, câblages et pneus s’exportent discrètement tout seuls vers les États-Unis.

La place financière, une bombe à retardement

Près de 20% des actifs gérés au Luxembourg proviennent des États-Unis. Si Washington décidait de s’attaquer aux services financiers – en imposant par exemple une taxe sur les transactions ou en obligeant les investisseurs à placer leur argent aux États-Unis – l’industrie luxembourgeoise des fonds serait sérieusement mise à l’épreuve. Mais Luc Frieden, pour qui la place financière et le triple A sont sacrés, semble peu préoccupé.

Discorde au sein du CSV

Particulièrement piquant: Laurent Mosar, collègue de parti de Frieden au sein du CSV, qualifie la politique tarifaire de Trump de «catastrophe pour le commerce mondial». Mais le nouveau Luc continue de rassurer, et beaucoup se demandent: Ont-ils suivi des cours d’économie différents à la Sorbonne et à Harvard? Ou bien Luc Frieden vit-il dans un monde parallèle où la Chambre de commerce ne sert qu’à organiser des réceptions avec des petits fours?

Le Premier ministre en illusionniste

Les rumeurs disent que le nouveau Luc cherche à couvrir sa collègue Ursula von der Leyen, qui a négocié à la va-vite le deal des 15 % avec Donald Trump en juillet 2025 sur un terrain de golf écossais. D’autres spéculent que Frieden ferait tout pour ne pas fâcher le président américain – une colère qui pourrait se transformer en cauchemar diplomatique, comme cela a déjà coûté leur poste à plusieurs chefs d’État. Car quiconque s’oppose aux intérêts de Trump risque non seulement des relations commerciales tendues, mais aussi un changement de régime, dans le style de ce nouvel ordre mondial.

Et pendant que Mario Draghi avertissait récemment que l’Europe perdrait sa puissance globale si elle n’investissait pas dans sa propre économie, le nouveau Luc, lui, se contente de répéter: «Les sanctions douanières américaines n’ont aucun impact sur le Luxembourg.» Une déclaration aussi crédible que: «Le Titanic ne coulera jamais.» C’est exactement ce que pensaient ceux qui dansaient sur le pont jusqu’à la fin. Luc Frieden semble oublier que le Luxembourg dépend des chaînes d’approvisionnement internationales, et qu’on ne peut pas simplement baisser la tête et attendre que la tempête passe. À moins qu’il ne croie que l’ignorance est une muraille protectrice. Tant que le Premier ministre luxembourgeois se persuade que notre économie est épargnée par les sanctions américaines, elle le restera. Du moins jusqu’à ce que le prochain conteneur d’ArcelorMittal parte de Differdange et arrive au port de Baltimore.

Il ne manquerait plus que Luc Frieden nous annonce: «Les droits de douane américains sont en réalité une bénédiction pour notre économie.»


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