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Le patriotisme comme matière scolaire

Mini‑Luxembourgeois à la chaîne

Le Luxembourg serait‑il au bord d’une révolution pédagogique? Ceux qui espéraient plus de personnel dans les écoles et des classes enfin moins surchargées se trompent lourdement. La grande nouveauté vient d’une pétition comptant, à ce jour, la bagatelle de 62 signatures – soit à peu près la capacité d’un bus – réclamant qu’une heure de patriotisme soit administrée chaque semaine aux enfants de l’école fondamentale.

Quatre enfants tenant des bulles colorées formant la phrase « Je suis désormais officiellement un mini‑Luxembourgeois certifié ». Montage satirique sur l’idée d’introduire le patriotisme comme matière scolaire à l’école primaire.
▲ Production nationale : quatre enfants transformés en «mini‑Luxembourgeois» certifiés, prêts pour leur examen de patriotisme.

Enfin ! Les enfants vont apprendre ce qui compte vraiment: aimer la patrie – dans la dose pédagogiquement correcte. C’est ce que demande le pétitionnaire Ruslan Oleg Hackenberg.

Le cours commence évidemment par un rituel: lever du drapeau, chant de l’hymne national, main sur le cœur – et c’est parti ! Ensuite, on vérifie si les enfants affichent le bon niveau de fierté. Pas trop, pas trop peu – juste la quantité de patriotisme recommandée par l’État.

Dans la deuxième leçon, les enfants acquièrent des compétences essentielles:

– comment tenir correctement le drapeau sans le faire tomber; le drapeau arc‑en‑ciel est bien sûr interdit.

– comment chanter l’hymne national même sans en connaître les paroles: c’est ce qu’on appelle la version marmonnée officiellement acceptée de la Heemecht.

– comment aimer le pays, même quand on ne maîtrise pas encore la table de multiplication.

– comment écrire correctement «Lëtzebuerger» (Luxembourgeois) et éviter «Letzeboier».

La troisième leçon est une épreuve:

«Dessine ton symbole préféré du Luxembourg.»

Les enfants dessinent:

– une frite,

– une Mettwurscht,

– une banque,

– et l’un d’eux a colorié le Roude Léif (lion rouge) en rose.

Le maître ou la maîtresse note tout soigneusement: cela comptera dans le bulletin.

Et pour ceux qui se demandent si le Luxembourg ne risque pas de paraître un peu exotique avec une telle matière: pas du tout! Le pays rejoindrait ainsi le cercle très exclusif des nations où les enfants apprennent dès la maternelle à ressentir l’amour de la patrie: la Chine, la Russie, la Turquie, la Corée du Sud, le Japon – et bien sûr les États‑Unis avec leur “Pledge of Allegiance” récité chaque matin à 8 heures, un serment quotidien à la nation et au drapeau.

La pétition affirme évidemment que tout cela n’a rien à voir avec le nationalisme. Bien sûr que non. C’est du patriotisme. La différence? Très simple: le nationalisme, c’est mauvais; le patriotisme, c’est la même chose – mais emballé autrement.

On imagine déjà les discussions lors des réunions parents‑enseignants: «Votre enfant a reçu une note insuffisante parce qu’il a tenu le drapeau à l’envers.» Ou encore, dans le bulletin: «Votre fils n’a toujours que 40 % de patriotisme. Nous recommandons un cours intensif ou des heures de soutien en Heemecht

Et si les enfants réussissent tout cela, ils reçoivent leur certificat :

Mini‑Luxembourgeois – Niveau 1.

Le niveau 2 consiste à connaître la Heemecht par cœur.

Le niveau 3, c’est la déclaration d’impôts.

L’avenir du pays est ainsi assuré: beaucoup de drapeaux, beaucoup de Heemecht, et une génération qui apprend à aimer le pays sans jamais demander pourquoi. Une génération qui possède tout – sauf la capacité de penser par elle‑même. Mais cela, évidemment, n’est pas au programme.


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