Comment les socialistes grimpent sur un gratte ciel… sans grimper eux mêmes
Le LSAP aurait pu envoyer un de ses militants sur le Kirchberg. Ou sur l'émetteur de Hosingen. Ou sur la tour de contrôle du Findel. Ou – dans la version vraiment radicale – sur la Knippchen à Arlon.
Mais non. Ce serait une activité physique. Et les Socialistes se sont depuis longtemps fixés une règle simple: l’activisme, aujourd’hui, se fait dans Photoshop, pas sur le terrain.

Le LSAP a donc simplement emprunté une photo d'un couple d'activistes russes, qui a grimpé jusqu'aux antennes de l'Empire State Building à New York pour se passer la bague au doigt, à 443 mètres de hauteur. Une action romantique, risquée, pleine d'adrénaline, de sueur, d'amour – bref, tout ce qu'un parti politique n'a plus vraiment à offrir aujourd'hui.
Pratique, n’est‑ce pas: pourquoi grimper soi‑même quand d'autres l'ont déjà fait gratuitement? La photo était de toute façon virale. C'est comme du copier‑coller: on prend ce qui existe déjà et on s'offre l'illusion de la créativité.

Une seule petite chose a été changée: le texte sur la banderole. Le «When the power of love overcomes the love of power, the world will know peace» est devenu «Wunnen ass kee Luxus» (le logement n'est pas un luxe).
L'amour a disparu. La crise du logement est apparue. L'Empire State Building est resté. Les Russes aussi. Et le LSAP s'est incrusté dessus comme une tante qui se glisse sur toutes les photos de famille.
Puis il y a eu l'interview de Franz Fayot dans le WOXX (et sur Luxembourg Jungle): il aurait «radicalisé» sa pensée, dit‑il. Je m'étais demandé jusqu'où cela irait. Maintenant, on le sait: jusqu'à deux grimpeurs russes qui n'ont aucune idée qu’ils viennent d'être promus symboles de la social‑démocratie luxembourgeoise.
Être radical, aujourd'hui, c'est ne plus grimper soi‑même, mais trouver une photo où quelqu'un l'a déjà fait.

Le service propadande du parti s'est probablement réuni ensuite: Des drapeaux rouges? Non. Des poings levés? Non. Trop démodé. Il nous faut des cagoules noires, une antenne, une tour qui n'a rien à voir avec le Luxembourg.
Ainsi, le rouge révolutionnaire est devenu un gris‑noir climatiquement neutre. Radical, mais passé au filtre marketing.
La photo est même devenue un véritable «produit polyvalent», puisqu'un charlatan du web l'utilise aussi pour promettre des «viral videos in 3 clicks». Autrement dit: le LSAP et Tim Gray partagent désormais la même identité visuelle. Une forme de coalition que personne n'avait vue venir.

Regardons la chronologie:
1er juillet: les Russes grimpent.
2 juillet: la presse en parle.
3 juillet: le LSAP publie.
Un temps de réaction que l'on aimerait voir dans la politique du logement.
Et puis le slogan: «Wunnen ass kee Luxus.» Tout le monde sait que c'est faux. Au Luxembourg, se loger est devenu un luxe hors de prix. Le LSAP voulait sans doute dire: «Le logement ne devrait pas être un luxe.» Mais c’est moins héroïque quand on vient de recycler une photo de rooftopers russes.
Au final, que reste‑t‑il? Un gratte‑ciel new‑yorkais qui n'a rien à voir avec le Luxembourg. Deux Russes qui n'ont rien à voir avec le LSAP. Et un parti qui veut soudain avoir beaucoup à voir avec eux.
Le LSAP a repris l'image – mais pas le courage. Une action authentique, dangereuse, romantique devient un slogan PowerPoint social‑démocrate recyclé.
Les Russes se sont fiancés.
Le LSAP, lui, s'est perdu.
Le petit grimpeur



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