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Bonnes vacances!

Le béton avec vue sur mer

Les vacances d'été pointent le bout de leur nez et, au Luxembourg, cela signifie avant tout : porte fermée, valise ouverte, pays vide. Selon le Statec, nous trustons la deuxième place européenne avec 35,4 nuitées par habitant – une demi-exode nationale, version grand sourire et valise à roulettes.

Photomontage ironique en 2 parties. À gauche, un immeuble en béton étiqueté «Home» dans un cadre urbain. À droite, le même immeuble étiqueté «Hotel» face à la mer. Texte en haut : « Bonnes vacances ! » et en bas : « Le béton avec vue sur mer ».
▲ Même bloc de béton. Même architecture sans âme. À gauche : chez nous, on râle. À droite : en vacances, on paye cher pour ça. Bienvenue dans « Le béton avec vue sur mer ».

Chez nous, on râle à juste titre contre le bétonnage du pays, les silos à logements et le viol architectural de nos paysages. Mais à peine l’école terminée, on fonce délibérément vers le plus grand, le plus laid et le plus impersonnel des hôtels que l'agence propose : un bloc de 1 200 chambres, trois buffets à volonté, un sauna où l'on se sent cuit vivant et une piscine qui ressemble à une grande soupe bleue dans laquelle tout le monde mijote gentiment. Le béton n’est plus un scandale : on lui a juste ajouté un palmier en plastique.

Crises, canicules, autocrates, guerres. Rien n'y fait. Le Luxembourgeois part quand même siroter son cocktail all-inclusive, bracelet au poignet. Les droits de l'homme, on les laisse à la maison — trop lourds, trop gênants, pas de protection UV. La serviette est déjà posée sur la chaise longue dès potron-minet, et la politique mondiale est mise sur pause le temps que le buffet soit ouvert. 

On se plaint des canicules et de la sécheresse ici… puis on part volontairement là où la chaleur vous assomme dès la sortie de l'avion. Les régions du sud brûlent ? Luxair décolle quand même. C'est souvent la seule info qui compte.

Dubaï tombe à l’eau cette année ? Pas grave. Il reste la Turquie, l'Égypte, la Tunisie, le Maroc ou le Sénégal – des pays qu’on « connaît si bien » après y avoir passé une semaine par an dans un resort. On critique ces cultures à Luxembourg ; on les booke comme simple décor exotique en vacances. Une contradiction bien pratique que plus personne ne remarque tant que l'escalope viennoise est au buffet.

Parce que l’essentiel, c'est de retrouver Wiener Schnitzel, burgers, frites, bière allemande et champagne français. La culture locale, c'est joli sur les photos. La zone de confort culinaire, c'est non négociable. De toute façon, la vraie nature qu'on verra, ce sera le paysage de piscine.

C'est là que se déploie la grande diplomatie de la serviette : opération militaire à 5h30 du matin. Les retardataires héritent des places près de l'aire de jeux. Les enfants sont pris en charge par l'animation (« kids' disco » et stylos pailletés), les parents ont « enfin du temps pour eux » : cocktail, piscine, surveillance discrète de ladite serviette.

Ironie budgétaire : statistiquement, on claque 1 586 € par personne et par voyage, mais on s'énerve quand le boulanger augmente son croissant de 20 centimes. En vacances, on ne calcule plus. On ramène des aimants qui ne colleront jamais au frigo, des paniers inutiles et des figurines kitsch achetées en Duty Free par culpabilité. C'est que l'on ne voudrait pas rentrer à la maison les mains vides.

À la fin, l'inévitable sentence : « C'était super, mais je suis content de rentrer. » Peu importe la qualité du séjour. C'est le mantra national qui fait tourner l'industrie du tourisme depuis des décennies. Une fois à la maison, on conclut doctement : « La Turquie, quand même, c’est un beau pays. » Tu as passé suffisamment de temps dans le ressort pour en juger, en effet.

35,4 nuitées par personne, dixit le Statec. Combien passées sur une chaise longue ou dans une piscine ? Aucune statistique ne le dira jamais.

Malgré tout : bonnes vacances ! Après, de toute façon, on rentre… pour râler sur tout ce qu'on a fui.

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