Quand l'autocrate fait un cadeau, personne n'est épargné.
Il y a des cadeaux diplomatiques qui font plaisir : un vase, un livre, quelque chose en céramique, une sculpture. Et puis il y a ceux qu'on reçoit simplement parce qu'on était au mauvais sommet. Comme Luc Frieden – qui porte bien mal son nom : Frieden, qui signifie « la paix » en allemand – revenu du sommet de l'OTAN à Ankara avec un revolver gravé, luxueusement emballé, accompagné de six balles.
L'Essentiel a posé la question directement : « Que va faire Luc Frieden du revolver offert par Recep Erdogan ? » Une question digne d'un polar, mais désormais posée en politique luxembourgeoise.
Nous avons quelques suggestions pour Luc Frieden.
À la Chambre
Le revolver pourrait servir d'outil de gestion du temps : un petit geste, un coup d'œil à la montre, pour dire ensuite : « J'aimerais bien qu'on avance. » Les députés découvriraient soudain que les discours peuvent aussi durer moins d'une demi-heure.
En politique intérieure
Pendant les discussions budgétaires, un tir en l'air (à blanc, évidemment) pourrait calmer les ardeurs de l'opposition, lorsqu'elle revient avec ses revendications « créatives ».

En diplomatie
Luc Frieden pourrait offrir le revolver à un autre chef d'État lors de son prochain voyage à l'étranger. Ou bien le garder et s'en servir comme moyen de dissuasion contre la Commission européenne : « Si vous répétez que le Luxembourg est un paradis fiscal, je sors le cadeau d’Erdogan. »
Pour l'autodéfense
C'est bien connu : le Luxembourg est devenu tellement criminel qu'on n'ose presque plus sortir de chez soi sans arme. C'est en tout cas ce qu'affirme la fraction, toujours plus nombreuse, d'experts en sécurité autoproclamés dont le diplôme a été obtenu dans les commentaires Facebook.
Le premier ministre pourrait donc dire en toute bonne conscience : « J'ai une arme, mais elle est neutralisée, elle ne tire plus. Un peu comme nos débats : toujours loin de la cible. »
Comme objet culturel
Au Mudam, le revolver pourrait être exposé sous le titre : « Cadeau diplomatique – Faire la paix sans les armes. »
La conservatrice expliquerait : « Cette œuvre montre que la paix ne s'obtient pas par les armes, mais par la décision de ne pas les utiliser. Ou de les neutraliser. Ou de les mettre derrière une vitre. »
Comme alarme incendie
Le ministère d'État pourrait décider de « neutraliser irréversiblement » l'arme. Autrement dit : elle ne fonctionne plus, mais reste symboliquement dangereuse. C'est à peu près la définition de la politique européenne.
Le revolver pourrait être exposé derrière une vitre, avec un petit marteau à côté – exactement comme pour une alarme incendie. Avec une étiquette : « À briser uniquement en cas d'urgence : procédure d'infraction européenne, crise de coalition ou mauvaise presse. »
La morale de l'histoire ?
Luc Frieden possède désormais une arme qui ne tire pas, mais qui déclenche tout : des débats, des symboles et de la satire.
C'est finalement la plus belle forme de politique : une arme qui ne fait rien – sauf raconter des histoires.
Et ça, c'est déjà plus que ce que la plupart des cadeaux réussissent à faire.




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