L’UE dans le noir – et c’est intentionnel
De notre correspondente Claire Obscure
Il n’y a pas si longtemps, l'Union européenne se vantait d'avoir la politique énergétique la plus verte, la plus souveraine et la plus sûre du monde. Aujourd'hui, elle ressemble à quelqu'un qui jette son parapluie parce qu’il est russe – en plein déluge. L’essentiel, bien sûr, est que la décision soit moralement pure, même si l'on finit les pieds trempés et glacés.
Le premier acte de cette tragicomédie fut l’abandon du gaz russe. Une décision moralement noble pour certains, un acte de légèreté pour d’autres, stratégiquement… disons discutable. Pour remplacer ce gaz, l’UE a trouvé une solution élégante: le même gaz, mais beaucoup plus cher, beaucoup plus polluant et transporté depuis l’autre bout du monde. Le gaz de schiste américain! Car lorsqu’on adopte un Green Deal et qu’on lutte pour l’environnement, autant le faire sérieusement, avec des méthaniers traversant l’Atlantique pour que notre saison des barbecues au Weber ne soit pas compromise. Le prix ? Trois fois plus élevé qu’avant. Mais «la liberté a un prix, et nous devons être prêts à le payer», déclarait Xavier Bettel, alors Premier ministre, en mars 2022. Le prix de la liberté se mesure apparemment en joules.
Le deuxième acte est encore plus brillant. L’UE a décidé de miser sur les énergies renouvelables. Solaire, éolien, avenir radieux ! Applaudissements. La Chine produit 80 % de la technologie solaire mondiale. Autrement dit : impossible d’y échapper. Mais pour les élites européennes – vous l’aurez deviné – la Chine n’est pas digne de confiance. Donc: interdiction! L’UE veut des énergies renouvelables, mais interdit la technologie qui les rend possibles. C’est comme faire un régime en interdisant les légumes. Ou décider de ne manger que local — pour découvrir ensuite que les champs sont à l’étranger.
Les arguments de sécurité avancés par la bureaucratie européenne sont, bien sûr, plus que convaincants. Les panneaux solaires chinois – et ce n’est pas une blague – pourraient être éteints à distance, provoquant un blackout européen. Oui, le soleil pourrait même servir à des actes d’espionnage. Les photons sont suspects. C’est la même histoire brillante qu’avec Huawei et la 5G: on démonte d’abord le réseau, puis on cherche un remplaçant. Spoiler : on utilise aujourd’hui la même chose, en moins efficace et plus cher.
Pendant ce temps, l’industrie européenne s’effondre doucement. Pas de grand fracas, juste comme un soufflé qui retombe. BASF? Parti. Sidérurgie? Fermée. Automobile? À bout de souffle. Chimie? Délocalisée… en Amérique, évidemment, où l’énergie est bon marché grâce au… fracking. Mais bon. L’Europe est créative – juste pas là où il faudrait.
Le rapport Draghi: vous vous souvenez? Ce grand rapport de l’avant‑dernier automne, avertissant que l’UE devait investir 800 milliards d’euros par an dans son économie et sa recherche pour ne pas sombrer dans l’insignifiance? Il existe, oui, probablement coincé quelque part entre le dossier sur la courbure des bananes et le règlement sur la norme des caisses de pommes de terre.
Et les ménages? Ils tentent de s’en sortir comme ils peuvent. Chauffage, électricité – tout augmente. Mais les citoyens européens peuvent être fiers: ils financent la sécurité énergétique de l’Europe, la transition verte, et les dividendes du fracking texan. On appelle ça du multitâche, aux frais de ceux qui paient la facture.
La Commission européenne reste optimiste. Dans quelques décennies, nous aurons des panneaux solaires européens — produits avec du savoir‑faire européen, du capital européen, et probablement de l’énergie issue du gaz de schiste américain. La boucle est bouclée. L’odyssée continue.
Et quelque part, dans un bureau bruxellois parfaitement éclairé, un fonctionnaire rédige un règlement pour réglementer la réglementation de la prochaine source d’énergie… que nous interdirons ensuite, bien sûr.
D’ici là: la lumière à la bougie, c’est cosy. Et si l’UE continue ainsi, ce sera bientôt notre principale source d’énergie.
Claire Obscure




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