Comment les singes ont découvert la guerre
Ça commence toujours comme ça. Une communauté vit depuis toujours en paix. Elle partage un territoire, mange ensemble, se protège mutuellement, s’occupe des plus jeunes. Jusqu'au jour où tout bascule.

Première polarisation. La communauté se divise. L'un des deux camps devient nerveux. Les uns évitent les autres, prennent leurs distances. Des patrouilles sont mises en place. Des frontières se tracent. La frontière devient une ligne de front. Et puis — comme toujours — la violence entre en scène. Systématique. Organisée. De plus en plus brutale. Meurtres et massacres. Même les petits ne sont plus en sécurité.
Au début du conflit, il y en a un tout en haut: quelqu’un qui ne respecte aucune règle, parce qu'elles lui sont indifférentes; quelqu'un qui terrorise ses alliés comme ses adversaires; quelqu'un qui, par sa brutalité, a déstabilisé tout ce qui tenait debout jusque‑là. Un mâle alpha qui agit avec des instincts primitifs plutôt qu’avec raison, intelligence et clairvoyance.
Ça vous rappelle quelque chose? Normal. Le même scénario se déroule un peu partout en ce moment.
Mais voici le clou: nous ne parlons pas d'êtres humains. Nous parlons de chimpanzés. Plus précisément des chimpanzés Ngogo du parc national de Kibale, en Ouganda — avec environ 200 individus, le plus grand groupe connu de chimpanzés sauvages au monde. Des chercheurs américains ont documenté la guerre de ce peuple simiesque pendant des décennies et ont récemment publié leur étude dans la revue Science. La presse en a également parlé.
Quant à savoir si cette recherche sur les chimpanzés sera poursuivie, rien n’est moins sûr — Trump a déjà réduit drastiquement le financement de la National Science Foundation et prévoit encore de couper son budget de plus de moitié. Le mâle alpha semble prêt à tout pour éviter qu’on mène des recherches sur lui.
La bonne nouvelle issue de cette étude scientifique? Jusqu'aux années 1990, ces 200 chimpanzés vivaient ensemble en paix. Pendant des décennies. Sans guerre, sans frontières, sans caprices d'alpha.
La mauvaise nouvelle? À un moment donné, les chimpanzés ont commencé à se comporter comme des humains.
Et nous prétendons que l'humanité a évolué. Mon œil !
Comme dit si bien le proverbe: «Un singe en fait venir cent.» Sauf qu'ici, c'est l'inverse: un humain en fait venir cent singes.



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