Comment le Luxembourg protège son carburant – contre ses propres habitants
De notre correspondant Ben Zène
Le carburant est cher. Nous le savons. Le gouvernement le sait aussi. Et le gouvernement agit, de manière pratique et cohérente. Il protège. Il surveille. Il intervient.
Mais pas en faveur des citoyens.
En faveur des réserves.

L'explication du porte‑parole du ministère de l'Économie est parfaitement logique:
«En ce qui concerne le prix à la pompe, le gouvernement aurait la possibilité d’agir via les accises ou la TVA. Mais si le diesel et l’essence devenaient moins chers, cela pourrait avoir des effets négatifs sur les réserves.»
Traduction: si le carburant devient bon marché, les gens font le plein.
Et ça, il ne faut surtout pas.
Mais le porte‑parole n'a pas terminé:
«Nous avons des prix très attractifs à la pompe dans la Grande Région. Cela génère un certain tourisme à la pompe, que nous connaissons et que nous savons gérer. Mais si nous allions vers des prix encore plus attractifs, nous attirerions davantage de consommation et nous risquerions alors de nous retrouver dans une situation de pénurie d’approvisionnement.»
En clair: si le carburant devient moins cher, les gens font le plein.
Et si les gens font le plein, le carburant disparaît.
Et s'il disparaît, nous n'en avons plus.
Et si nous n'en avons plus, nous ne l'avons pas.
Et si nous ne l'avons pas, nous avons un problème.
Donc nous réglons le problème… en ne faisant rien.
Le carburant reste donc cher.
Pour qu'il reste là où il est.
Pour que personne n’y touche.
Pour que nous l'ayons.
Bien stocké, hors de portée.
Comme un monument.
Un monument national luxembourgeois en diesel et en essence.
Avec une petite plaque en dessous:
«À la mémoire du carburant qui n'a jamais été utilisé.»
C'est comme un restaurant qui ne sert plus de pâtes — parce que les clients pourraient les manger.
Et si les clients ouvrent le placard, ils voient: les pâtes sont là. Plus qu’il n'en faut.
Mais le patron ferme la porte à clé.
Les pâtes restent dans le placard, en sécurité, protégées, intactes.
Pour les réserves.
Et maintenant, le clou — difficile à surpasser:
En France, le carburant est désormais moins cher qu'au Luxembourg dans plusieurs stations.
Résultat: le tourisme à la pompe s'inverse.
Les Luxembourgeois traversent la frontière… pour aller faire le plein.
Le gouvernement a sauvé les réserves.
Les Français ont les clients.
Et les Luxembourgeois? Ils continuent de casquer.
Les mauvaises langues prétendent que le ministre de l'Économie aimerait entourer tout le pays d'un ruban de sécurité:
«Accès interdit — pourrait déclencher du tourisme à la pompe.»
Histoire d'être sûr que les réserves restent vraiment des réserves.
Ben Zène
À lire aussi:




Kommentar schreiben