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Quelle religion va gagner la Coupe du Monde ?

Culte, foi, capital

Un ami a lancé la question suivante sur Facebook: «Hmmm, quelle religion va donc gagner cette Coupe du Monde de football?»

Une question qui, à première vue, ressemble à une réflexion anodine, mais qui se révèle rapidement être un véritable test théologique pour notre époque.

Photomontage satirique avec Messi en saint et Gianni Infantino en pape dans un stade ; Symboles religieux, liasses de dollars et football : une critique de la Coupe du Monde et du capitalisme.
▲ Messi en saint, Infantino en pape : un photomontage qui présente la Coupe du Monde comme un spectacle religieux, où la foi est pour les masses et le business pour les dieux.

Car la réponse n'est pas si simple: aujourd'hui, presque tout a le statut d'une religion: le véganisme, la gestion de la vie pro et de la vie perso, la marque de voiture, l'horoscope, la machine à café, et bien sûr: le football, qui dépasse les autres religions avec une aisance souveraine, comme si cela avait toujours été ainsi.

Les commentaires sous le post l'ont confirmé: des pastafariens aux infantinistes, en passant par les capitalistes — c'était comme un congrès œcuménique, mais avec un ton d'une conviction existentielle étonnamment élevée. 

D'où la question: si le football a déjà le statut d'une religion, à quoi ressemble donc sa doctrine?

Les temples sont vite identifiés: ces cathédrales imposantes et démesurées à Barcelone, Saint-Denis, Londres ou Doha, mais aussi ces petites chapelles de village, comme celle du Kiischpelt, où la communauté se rassemble sur le «gazon sacré» pour célébrer sa liturgie du «On a essayé» ou du «On a tout donné». Chaque village a son diocèse, chaque entraîneur son curé, consolant ses fidèles avec les mêmes paroles que son homologue à l'église: «Il faut croire en nous-mêmes.»

Et les pèlerinages? Ils ne mènent plus à Lourdes ou à La Mecque, mais dans les stades, où la foi en l'équipe se manifeste dans l'espérance collective d'une délivrance.

Les apôtres? Ce sont les joueurs, proclamés saints après un but spectaculaire. Messie aujourd'hui, oubliés demain — la sainteté, au football, n'est jamais éternelle, et Messi est le seul prophète dont le nom porte déjà sa propre théologie.

Le sacrement? Le penalty. Le seul rituel où tout le stade croit simultanément au miracle, même ceux qui ne croient habituellement en rien.

Le schisme? Pas besoin de chercher loin, il est à Esch. D'un côté la Jeunesse, club ouvrier; de l'autre la Fola, perchée sur le chic Galgenberg, entourée de villas. Deux Églises, deux crédo, et comme tout vrai schisme, cela commence déjà chez les enfants: lorsqu'un jeune joueur, encore en âge scolaire, choisit le «mauvais» camp, on le regarde de travers, non pas parce qu’il jouerait mal, mais parce qu'il se tient du mauvais côté de la foi. 

Et l'Église? C’est la FIFA. Un Vatican doté de loges VIP, où les dogmes ne s'écrivent pas: ils se vendent. La Bible, c'est bien sûr le règlement de la FIFA. À sa tête trône le pape Infantino, qui ne prêche pas, mais reçoit des sponsors, et dont les miracles se mesurent en nouveaux stades sortis de terre et en droits télévisés. Une jeune religion, l'Infantinisme, mais en plein essor, animée d’un zèle missionnaire qui rend nerveux tous les autres cultes du monde. 

Mais peu importe le nombre de religions qui agitent leurs dogmes ici — une a déjà gagné avant même que le ballon ne roule. La religion qui n’a pas besoin de dieu, parce qu’elle est elle‑même traitée comme une divinité. La religion qui n’a pas besoin de foi, parce qu’elle repose sur des soldes bancaires. La religion qui survit à toutes les autres, parce qu’elle n’attend jamais de miracles: elle les rend achetables.

Le capitalisme. C’est lui qui organise «le championnat de l'argent» et qui a déjà poli la coupe avant même que les autres n’aient commencé à prier.

Et c’est pourquoi la réponse à la question de mon ami est en réalité très simple. Au final, c'est toujours la même religion qui gagne: le capitalisme.

le petit supporter

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