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Luxair, ennemi du climat

Le grand bluff des compensations désormais interdit

Choc pour le passe-temps favori des Luxembourgeois: partir en vacances avec Luxair, et en plus de manière climatiquement neutre. Après tout, c’est compensé. Mon œil ! Cette illusion touche à sa fin. La Commission européenne et 21 compagnies aériennes, dont Luxair, ont décidé de mettre fin à cette supercherie.

Luxair vole désormais sans conscience, mais avec style

«Nous ne mentons plus. Le logo écolo a disparu. Nous volons, tout simplement.»

Avec cette déclaration honnête, Luxair dit adieu au commerce des indulgences écologiques. L’autocollant «CO₂ neutre» a fait son temps, et avec lui également la dernière décoration éthique d’une stratégie climatique qui n’a jamais existé.

Soyons honnêtes: Quiconque croit qu’un vol vers Tenerife peut être compensé par la plantation d’un arbre en Bolivie croit aussi qu’un don aux pompiers justifie un incendie criminel.

Du greenwashing au greywashing

Luxair et 20 autres compagnies aériennes ont été rappelées à l’ordre par le Consumer Protection Cooperation Network (CPC) pour leurs pratiques trompeuses.

Le «carburant aérien durable» n’est pas simplement du kérosène parfumé. Et les mystérieuses compensations dans des projets de reforestation sud-américains ne changent rien à la réalité: La forêt amazonienne disparaît plus vite que les compagnies aériennes ne financent de petits, maigres arbustes.

La Commission européenne a cédé, probablement parce que la Reine Ursula elle-même était en route pour la COP2030 au Brésil… en avion.

En mars 2022, Luxair a acheté des certificats européens de pollution, la nouvelle monnaie pour la rédemption morale. D’ici 2050, la compagnie nationale devait devenir climatiquement neutre. Les émissions de CO₂ devaient être compensées par un programme spécial, à condition de considérer la compensation comme un substitut à la responsabilité.

Le tour de passe-passe était le suivant: «Vous pouvez voler, puisque vous avez payé.» Pour le BEUC, la fédération européenne des organisations de consommateurs, dont l’ULC luxembourgeoise, c’en était trop. Ils ont qualifié ces pratiques de «commerce des indulgences», un terme que le Luxemburger Wort, jusqu’à récemment propriété de l’archevêché, a repris tel quel.

Luther aurait adoré.

En juin 2024, le BEUC a déposé une plainte officielle et lancé une campagne européenne: «Green (f)lying», un slogan qui dit la vérité mieux que n’importe quel certificat.

Le Mythe du «kérosène durable»

Le terme «carburant aérien durable», aussi appelé bio-kérosène, ne peut désormais être utilisé qu’avec une «clarification appropriée». Ce qui signifie probablement:

«Nous brûlons toujours du kérosène, juste avec meilleure conscience.»

La réalité: Le Sustainable Aviation Fuel (SAF) représente moins de 0,1 % de la consommation mondiale. Et même s’il est produit à partir de graisse de friture rance ou de déchets agricoles, il est toujours brûlé.

Le CO₂ finit dans l’atmosphère, quoi qu’il arrive. La publicité mensongère a disparu, mais les dégâts demeurent.

Luxair: compagnie d'état à la mémoire courte

Luxair est majoritairement détenue par l’État. Ce qui signifie: Quand Luxair ment, c’est tout le Luxembourg qui ment.

Graphique qui montre la composition de l'actionnariat de Luxair, contrôlée mahoritairement par l'État luxembourgeois.
▲ Composition de l'actionnariat de Luxair.

Et quand des politiciens maquillent leur bilan carbone avec des pseudo-compensations, ce n’est pas seulement un conte écologique, c’est aussi une histoire politique.

En avril 2023, une délégation des Déi Gréng, LSAP, CSV, Pirates et ADR a organisé une réunion électorale pour les Luxembourgeois au Brésil. 10.000 kilomètres de vol – pour la démocratie, bien sûr.

La députée verte Djuna Bernard s’est justifiée dans le Luxemburger Wort: «Aller-retour entre le Brésil et le Luxembourg compensé. Je ne regrette donc pas ce voyage.»

Le journaliste Laurent Schmit de Reporter.Lu a immédiatement répliqué:

Aller-retour: près de 5,5 tonnes de CO₂.

Plus de 2 ans de conduite automobile.

10 fois plus que les émissions annuelles de l’Éthiopie.

Compensation: 125 €.

Capture d'écran du post du journaliste Laurent Schmit de Reporter.Lu sur X (Twitter) le 4 avril 2023 comme réplique à la justification ridicule de la députée verte Djuna Bernard.
▲ Réplique du journaliste Laurent Schmit (Reporter.Lu) postée sur X (Twitter) le 4 avril 2023.

Effet Trump: la protection du climat n'est plus d'actualité

On entend des murmures que Luxair et les autres compagnies ne veulent pas se prendre la tête avec les États-Unis, et surtout pas avec Daddy Trump.

La nouvelle ligne:

Moins de climat, plus de CO₂.

Moins de forêt, plus de lobbying.

Moins d’arc-en-ciel, plus de turbines.

Quelle est la prochaine étape? 

Fin du sponsoring de la Pride Parade par Luxair ?

Changement de nom du Boeing 737 en «Freedom Jet»?

Nouveau numéro du magazine de bord intitulé «Woke-Free Skies»?

Et qu’en est-il du fameux «acier vert»?

La morale de l’histoire? Il n’y en a pas.

Luxair a trouvé la formule: Quand il est impossible de voler de manière climatiquement neutre, on peut au moins voler moralement décomplexé.

De toute façon, Luxair figure déjà dans le classement mondial parmi les compagnies aériennes les moins respectueuses du climat, comme le montre le rapport 2024 d’Atmosfair. Elle a d’ailleurs échoué de peu à entrer dans le Top 10… par la fin.

Car, comme on dit :

«Une fois la réputation ruinée, on vole sans aucune inhibition.»

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