Un parti passé du mouvement ouvrier aux étages du management
Le Parti ouvrier socialiste luxembourgeois, qui aime rappeler au Premier ministre qu’il se serait autoproclamé CEO du Luxembourg, ferait bien de s’offrir son propre petit audit interne.

RTL a annoncé que le «manager du parti» du LSAP avait démissionné. Oui, vous avez bien lu: manager du parti. Un parti avec un manager, c’est un peu comme une épicerie de village avec un conseil d’administration.
Le capitalisme n’est donc plus combattu avec idéalisme et conviction, mais avec un Top Management, un Middle Management et un Lower Management, c’est‑à‑dire les simples membres, ceux qui paient sagement leur cotisation au compte d’exploitation.
On appelle ça de l’innovation! Enfin un parti qui ose appliquer systématiquement la logique du libre marché, pour mieux la critiquer ensuite avec pathos.
Avec un management, tout devient évidemment plus simple :
Décider ? → Management.
Contrôler ? → Management.
Planifier ? → Management.
Responsable en cas d’échec ? → Toujours le management.
Les élus peuvent enfin se concentrer sur l’essentiel: dessiner l’avenir du socialisme sur des flipcharts, comme il se doit dans une société anonyme moderne.
Au LSAP, on ne pense plus qu’au trimestre suivant — ou plutôt : d’un sondage à l’autre.
Les chiffres sont mauvais? → Restructuration.
Très mauvais? → Taskforce.
Plus rien ne marche? → On polit la marque jusqu’à ce qu’elle brille comme une promesse électorale dans une brochure glacée que personne ne lit.
Le LSAP n’est donc plus un parti, mais une S.A. — une Société socialiste anonyme.
Avec un conseil d’administration, un comité d’audit et un Risk Management qui se préoccupe surtout du risque d’un mauvais résultat Ilres. Les risques de la classe ouvrière, eux, sont hors périmètre.
Les réunions ne sont plus des assemblées politiques, mais des Quarterly Business Reviews.
On n’y parle plus de justice sociale, mais de :
- Brand Awareness,
- Stakeholder Engagement,
- Key Performance Indicators,
- et surtout de la question: «Comment transformer nos membres en Customer Journey?»
Le parti a aussi son propre Mission Statement:
« Nous misons sur une approche holistique et orientée vers l’avenir afin de renforcer la cohésion sociale grâce à des solutions innovantes, synergiques et résilientes. »
En d’autres termes: nous ne savons pas vraiment ce que nous faisons, mais ça sonne bien.
Et bien sûr, il y a aussi une Vision 2030:
«Le LSAP se positionne comme une organisation dynamique, agile et purpose driven, redéfinissant les valeurs du mouvement ouvrier dans un environnement compétitif et globalisé.»
Ce qui signifie en clair : nous essayons de ne pas perdre encore plus d’électeurs.
Les membres qui entraient autrefois au parti par conviction sont aujourd’hui gérés comme des Engagement Units.
Ils reçoivent une fois par an une Employee Satisfaction Survey, où ils peuvent indiquer s’ils:
- «ressentent un fort purpose»,
- «trouvent l’approche de leadership inspirante»,
- ou «considèrent le processus de transformation comme suffisamment efficace».
Les résultats sont ensuite visualisés dans un dashboard que personne ne comprend vraiment, mais qui fait très professionnel, et c’est finalement tout ce qui compte.
Et voilà où en est aujourd’hui le LSAP: un parti qui critique le capitalisme et le CEO du Luxembourg, tout en adoptant lui‑même la structure d’un grand groupe.
Avec un management qui gère le parti comme un produit, et une marque polie chaque trimestre pour éviter de perdre encore plus de vernis au prochain sondage Ilres.
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