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Le business de la mort

Comment le gouvernement réinvente l’économie luxembourgeoise

Au Luxembourg, il y a toujours plus de millionnaires, les milliardaires deviennent toujours plus riches, et le budget de l’État toujours plus ambitieux. Et parfois, très rarement, surgit une solution tellement absurde qu’elle en devient grotesque : un seul héritage de plus de 800 millions d’euros, dont 400 millions pour l’État. La Tripartite était payée. Non pas grâce à de nouveaux impôts collectifs, mais grâce aux droits de succession d’une seule personne.

Photomontage représentant un cercueil d'où tombent des pièces de monnaie : image symbolique d'un héritage représentant les revenus de l'État et l'absurdité économique.
▲ Montage satirique illustrant un Luxembourg où une seule succession devient un pilier économique et remplit la caisse de l’État.

Pour rappel : le récit officiel de la Tripartite était « nous tirons tous à la même corde » et « ensemble ». Le gouvernement, les syndicats, le patronat, les citoyens — chacun aurait contribué, selon la version du Premier ministre. Effort collectif, responsabilité commune, solidarité.

La vérité est un peu différente : ce n'est pas la collectivité qui a payé, mais une seule personne. Non pas par solidarité, mais par sa mort. Non pas par décision politique, mais par un choix qui n'avait rien à voir avec la politique — le choix de mourir sans héritiers.

Voilà donc à quoi ressemble ce fameux « effort commun » : un homme ou une femme que nous ne connaissons pas, et qui ne savait même pas que son héritage allait sauver une politique gouvernementale.

Qui paie vraiment ?

Le Luxembourg est ce pays où les chiffres sont parfois plus burlesques que la satire elle-même. Nous avons 47.000 millionnaires, 280 milliardaires et une richesse privée qui, avec 24,6 milliards de dollars, atteint presque le niveau des recettes du budget de l'État 2026. Ces chiffres dessinent l'image d'un pays qui avance avec un discret sourire face à ses propres absurdités.

Et dans ce contexte apparaît une figure que personne n'attendait : le défunt anonyme qui laisse un héritage finançant les mesures de la dernière Tripartite. Une seule personne, avec un patrimoine si élevé que les droits de succession atteignent 400 millions. Parfois, la réalité s’installe si confortablement dans le grotesque qu'on ne sait plus où la politique s’arrête et où la farce commence.

La Claire Zachanassian de Güllen

Cette histoire rappelle évidemment la pièce de Dürrenmatt, La visite de la vieille dame, qui raconte le retour de la milliardaire Claire Zachanassian dans sa ville natale appauvrie, Güllen. Elle propose au maire un milliard si les habitants tuent son ancien amant. Bien que le maire refuse, les habitants commencent à acheter des produits de luxe à crédit. Ils se justifient moralement… et finissent par tuer l’amant. La ville reçoit ensuite l’argent. Dürrenmatt y explore le pouvoir de l’argent et la vénalité de la morale.

Soyons honnêtes : Güllen et Luxembourg fonctionnent de la même manière, n'est-ce pas ? Ici, on ajoute simplement du crémant.

Le gouvernement qualifie l'héritage de « bonne nouvelle ». L'opposition avertit qu'on ne peut pas compter sur de telles recettes. Le FMI prévient que les finances pourraient devenir problématiques. Et le pays ? Il fait ce que le Luxembourg fait toujours : il reste calme, incline légèrement la tête et pense : « Oui, ça ira. »

Mais si une seule succession finance la Tripartite, d'autres questions surgissent immédiatement : comment financer les prochaines mesures ? Par exemple contre la chaleur dans les écoles. Contre la chaleur dans les maisons de retraite.

La Commission européenne met en garde contre un choc démographique. Au Luxembourg, on pourrait le lire autrement : le vrai choc ne vient pas du vieillissement, mais de la prochaine grande succession… qui pourrait ne pas venir. Plus il y a de millionnaires âgés dans le pays, plus le ministre des Finances dort tranquillement — car tôt ou tard, une facture sera réglée grâce à l'un d’eux.

Le gouvernement découvre son nouveau pilier économique

Les mauvaises langues affirment que le gouvernement veut créer un nouveau pilier économique : une industrie qui n’existe pas encore dans le catalogue des clusters. Une industrie naturelle, durable et parfaitement compatible avec le budget : l'industrie des vieux riches.

Imaginez :

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Une campagne en tons pastel, un concierge trop aimable, et un slogan qui pourrait sortir d'une brochure du parti conservateur CSV : « Pour un avenir stable : votre espérance de vie est notre priorité. »

Le ministère de l’Économie pourrait définir ce secteur comme : « Optimisation budgétaire basée sur les successions. »

Le ministère des Finances parlerait d’« une recette supplémentaire à forte volatilité naturelle ».

Et le Premier ministre sourirait à la caméra : « Nous sommes satisfaits. »

Le spectacle satirique commence vraiment lorsqu'on pousse la logique plus loin. Que pourrait‑on encore financer grâce aux futures successions ?

La climatisation dans les écoles ? On attend un bon été — idéalement avec un propriétaire immobilier sans héritiers.

L'extension du tram ? La ligne ira jusqu'à Mersch dès que quelqu'un avec une villa au centre‑ville décédera.

Les hôpitaux ? On investira dans la santé dès qu'un patient de la clinique privée du Findel ne sortira plus.

Le logement ? De nouveaux programmes ? On attend quelqu'un qui avait une bonne pension… mais pas d'enfants.

C’est une logique qui s'écrit toute seule. Une logique tellement absurde qu'elle semble presque réaliste. Une logique que Dürrenmatt noterait avec un petit sourire et intégrerait dans sa version réécrite de La visite de la vieille dame.

L’avenir du budget ? Très simple : il suffit d'avoir de la patience. Et assez de milliardaires. Avis aux amateurs.

Claire de Güllen

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