La «qualité de séjour» avant la mémoire
Elle était là. Depuis 250 ans. Silencieuse, solide, mais gênante. Le «Programme d’action local» de Consdorf prévoit une amélioration de la «qualité de séjour» au centre du village. Sans la Maison Lauer. Ce qu’il faut? Des places de parking. L’histoire? Elle gêne la mobilité.
En 250 ans, elle en avait vu, la Maison Lauer: de l’eau-de-vie, de l’argent, des pommes de terre. À la fin, c’était une épicerie. Mais elle n’était pas qu’un bâtiment. C’était un témoin du temps. Une étagère pleine d’histoires. Une maison pleine de souvenirs. Pour le conseil échevinal, pourtant, elle n’était qu’une verrue.
La «qualité de séjour» est le mot-clé. Mais comment façonner l’avenir quand le passé est encore debout? La population a doublé. Le nombre de voitures a quadruplé. La mémoire? Elle n’est pas à l’ordre du jour.
«Pas de plan? Bien sûr que nous avons un plan. Nous avons besoin de voitures. Nous avons besoin de qualité de séjour. Ce dont nous n’avons pas besoin, ce sont des ruines et des nostalgiques. L’histoire appartient au musée, pas au centre du village», déclara le grand visionnaire de la place communale – le bourgmestre Marco Bermesco, qui qualifia l’étude COPAC de «poésie architecturale» – avant de commander directement les pelleteuses.
Ce que la commission d’experts considérait comme un patrimoine digne d’être préservé, le conseil échevinal y voyait une place de parking cachée. Avec l’accord du ministre de la Culture Thillminator, la Maison Lauer a été arrachée à la mémoire – à coups de pelleteuse.
Face à l’accusation de détruire l’histoire à Consdorf, le bourgmestre répondit: «Foutez-moi la paix! La culture du séjour commence par le macadam. Donald Trump démolit l’aile Est historique de la Maison Blanche pour y construire une salle de bal. Et ici, à Consdorf, on râle déjà quand une vieille Maison Lauer délabrée tombe pour laisser place à un parking.»
Interrogé sur la conscience historique, le bourgmestre Bermesco nous a assuré: «Oh mais si, l’histoire me tient à cœur.» Après tout, le conseil échevinal a prévu une plaque, juste à côté de l’horodateur. On pourra y lire: «Ici se trouvait la Maison Lauer. 1770 – 2025. Merci pour la qualité de séjour gagnée.»
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