Monarchie et État chez le Pontifex maximus
Dix ans après le vote de la Chambre sur la séparation de l’Église et de l’État, mise en œuvre sous l’ancien Premier ministre Xavier Bettel, et près d’un millier d’années après la célèbre marche à Canossa, où le roi Henri IV implorait à genoux la clémence du pape Grégoire VII, le pacte entre le Saint‑Siège, la monarchie et l’État est aujourd’hui plus intact que jamais. La séparation de l‘Eglise et de l‘Etat a bien été décidée, mais les genoux, eux, ne semblent pas avoir été informés.

Seize mois après la visite du pape François au Luxembourg, où il avait lancé un appel pressant aux Luxembourgeois pour qu’ils fassent davantage d’enfants — faute de quoi le système de pension risque de s’effondrer — la Cour a décidé de se rendre à Rome auprès du pape Léon XIV. Ce devait être la quatrième «visite de courtoisie» du tout nouveau Grand‑Duc Gui‑Gui, et, comme Henri IV en son temps, le Grand‑Duc Guillaume est lui aussi tombé à genoux devant le Pontife.

Fier comme Artaban, Guillaume a présenté au Saint‑Siège ses petits princes, Charles, futur grand‑duc, et François, comme pour dire: «Tu vois bien, ce n’est pas nous qui manquons à la tâche.»
La scène pourrait sortir tout droit du Moyen Âge. Il ne manque que l’empereur Henri IV, agenouillé dans la neige à Canossa. Aujourd’hui, il n’y a plus de neige, seulement du marbre, de la climatisation et un service de presse, mais les gestes, eux, n’ont pas changé.

Nihil novi sub sole
Nihil novi sub sole. Rien de nouveau sous le soleil. Depuis des siècles, les mêmes rituels: un monarque à genoux, un pape au centre, et une tradition qui s’accroche comme du marbre antique.
Aux côtés de Guillaume se trouvaient son épouse Stéphanie de Lannoy, en robe blanche, et le ministre des Affaires étrangères, Xavier Bettel. Le Luxembourg voulait ainsi montrer que, malgré la séparation de l’Église et de l’État sur le papier, il n’y aura jamais de rupture réelle entre les deux.

Les mauvaises langues prétendent d’ailleurs que le couple grand‑ducal n’aurait emmené Xavier Bettel que parce qu’il fallait bien quelqu’un pour garder un œil sur les enfants pendant que Guillaume et son épouse étaient reçus par le Pontife.
Et les voilà donc: le pape dans son manteau blanc, le Grand‑Duc à genoux, son épouse voilée, les enfants au premier rang, et, juste à côté, le ministre, l’air de se demander s’il est là pour la diplomatie ou pour la symbolique. Une visite de courtoisie qui se transforme en visite de continuité, où la répartition des rôles est si claire que nul n’a besoin de l’expliquer: l’Église fixe les symboles, la monarchie s’agenouille, et l’État veille à ce que la mise en scène ne vacille pas.
Les rituels ont traversé les siècles, et la politique suit, tant que les caméras tournent.



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Luc T. (Sonntag, 08 Februar 2026 06:05)
Perso, si j'avais été à la place de M. Bettel, j'aurais préféré manger un plat de pâtes avec Mme Meloni. Bon, à chacun son "truc", hein...