Des étrangers comme chair à canon
Le Luxembourg veut devenir plus résilient et renforcer son armée. Il manquerait 650 soldats, selon la ministre de la guerre, Yuriko Backes, en septembre, après la visite du secrétaire général de l’OTAN et héros du Groenland, Mark Rutte. Le nouveau Luc en rajoute une couche en qualifiant l’OTAN de «trendy». L’engouement pour une carrière militaire reste toutefois plus que timide. Impossible de trouver des Luxembourgeois. Et que fait le Luxembourg dans ce cas? Exactement: comme toujours, il va chercher sa main‑d’œuvre à l’étranger.

L'armée luxembourgeoise compte 1.195 personnes, peut‑on lire sur le site officiel. Si l’on soustrait l'administration gonflée, la logistique, le département IT, les 60 musiciens de la musique militaire et, bien sûr, les deux soldats postés au Palais, il reste au mieux 300 soldats réellement «combat ready».
En d’autres termes: les deux compagnies tiennent confortablement dans l’A400M qui vole sous pavillon luxembourgeois, mais qui est stationné sur la base militaire belge de Melsbroek près de Bruxelles. Il ne leur reste plus qu’à prendre le train pour Bruxelles, et les voilà prêts à décoller, à condition qu’il n’y ait pas de grève des cheminots belges.
Bien que l’armée vante sur son site l’engagement militaire comme une noble mission pour la paix et les droits humains, seuls 52 recrues se sont manifestées. Et cela malgré une offensive publicitaire digne d’une nouvelle boisson énergisante: bus, tram, abribus, lycées, Instagram, TikTok, Facebook.
🇱🇺 EN PHOTOS - 52 nouvelles recrues de l'armée luxembourgeoise ont prêté serment vendredi soir. @ArmyLuxembourg https://t.co/ENy0UOFzih
— L'essentiel (@lessentiel) January 10, 2026
▲ Article du 10/01/2026 dans l'Essentiel sur l'assermentation de 52 recrues.
Même la journée portes ouvertes au Härebierg, pensée comme une sorte de «Jobday», n’a pas rencontré le succès espéré. Avec beaucoup de bling‑bling, beaucoup d’uniformes, beaucoup d’armes et des politiciens posant avec ces armes pour la photo, l’ensemble ressemblait plutôt à une version militaire d’un événement d’influenceurs : «Ici avec le char, là avec le lance‑grenades – like, share, recruit!»
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On promet tellement d’action et d’aventure qu’on se demande si l’armée ne devrait pas être comprise comme un camp scout avec dress code camouflage. Prête à combattre l’ennemi au front – ou au moins à alimenter une story Instagram.
Le résultat reste très loin des attentes: la jeunesse luxembourgeoise a d’autres priorités. Télétravail. Brunch. Trottinette électrique. Une carrière où l’on ne doit ni ramper dans la boue ni avoir froid aux pieds.
D’où la grande idée: ouvrir l’armée aux citoyens européens qui n’auraient même pas besoin d’habiter ici, comme l’a rapporté la presse. Une sorte de Légion étrangère version luxembourgeoise, avec salaire attractif, treizième mois et indemnité de repas. On a besoin d’étrangers pour les missions qui ne peuvent pas se faire en télétravail.
Outsourcing
Le mot magique: outsourcing. Comme une entreprise qui réalise que l’IT est trop compliquée et écrit à un prestataire externe: «Vous ne pourriez pas faire ça pour nous ? On a d’autres choses à gérer en ce moment.»
Bon, strictement parlant, ce n’est pas un outsourcing classique. C’est plutôt la discipline nationale: la livraison «Just in Time» de personnel. Si personne ici ne veut porter l’uniforme, on regarde au‑delà de la frontière, comme toujours. Le Luxembourg délègue sa défense.
C’est logique: les postes bien payés et confortables – ministères, administrations, communes – sont pour les Luxembourgeois. Les postes moins confortables – nettoyage, construction, horeca, commerce, collecte des déchets – sont occupés par les étrangers. Pourquoi l’armée ferait‑elle exception? Tradition oblige.
Et maintenant qu’il manque toujours 650 soldats, le Luxembourg fait ce qu’il sait faire le mieux: il se tourne vers la Grande Région et importe ce qui manque. Comme toujours. Partout. Dans tout son modèle économique.
Le journal allemand Volksfreund a immédiatement mis la machine de propagande en route – ou au moins fait chauffer le moteur – et a publié le 23 janvier 2026 un article intitulé «Comment servir comme soldat allemand au Luxembourg».

Le général l’a répété à plusieurs reprises: le Luxembourg doit devenir plus résilient. Le Russe serait à la porte. On ne sait pas où, mais il est là. Quelque part. Et il faudrait non seulement se défendre, mais idéalement passer à l’offensive pour «prendre du terrain». Rien n’est clair. Mais ça sonne dynamique, et c’est l’essentiel.
Le STATEC le dit lui‑même: 47% des salariés du pays sont frontaliers. Pourquoi pas aussi des soldats frontaliers? C’est la conséquence logique d’un petit pays: plus un pays est petit, plus l’étranger est automatiquement grand.
Qui participera on le verra quand les gens seront alignés pour la prochaine parade de la Fête nationale.
Le Luxembourg reste le Luxembourg: petit et riche, au point de presque tout pouvoir se permettre. Mais une question demeure:
Quand il ne s’agira plus d’inondations, de sacs de sable ou d’événements à selfies, mais d’une vraie crise, qui sera réellement là ?
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