· 

Nouvelle campagne de recrutement de l'armée

PRETT – pour une mission qui n'intéresse personne

Depuis le 29 mai 2026, des bus circulent à travers le pays avec une publicité pour l'armée collée sur leur carrosserie. Un soldat. Un fusil d'assaut. Et la question qui nous préoccupe tous: «PRÊT pour te dépasser?»

J'ai longuement réfléchi à cette phrase. Plus longtemps que prévu, je l'avoue.

Photomontage d’un bus avec une publicité militaire. En haut: «PRÊT – mais la jeunesse est PRÊTE pour la paix, pas pour le front». Une bulle dit: «Je cherche encore 598 collègues». Satire sur la campagne de recrutement.
▲ L’armée cherche des soldats. La jeunesse cherche la paix.

Le soldat sur la photo est à genoux, arme épaulée, l'«ennemi» dans le viseur. Mais son visage? Masqué. Disparu. Aucun regard qui te fixe. Aucune bouche qui te convainc. Juste un casque de combat, un masque, et le mot «PRETT» en lettres jaunes et grasses. C'est l'affiche de recrutement parfaite pour... ne s'adresser à personne.

La campagne suggère «Viens!» – mais ne montre aucun visage qu'on pourrait suivre. Normal que personne ne se présente. L'armée cherche des êtres humains, mais elle montre tout ce qui ressemble le moins à l'humanité.

«Se dépasser» : le slogan censé sauver l'armée

Dans le sport, on se dépasse quand on réalise une performance que personne n'attendait.

Dans le travail, on se dépasse quand on assume une responsabilité qu'on ne se serait pas crue capable d'assumer auparavant.

Et à l'armée ?

Là, «se dépasser» signifie autre chose. Là, cela veut dire: tu te dépasses parce que tu n'es plus toi-même.

Concrètement :

Tu te dépasses parce que tu dois fonctionner avant même d'être réveillé. À quatre heures du matin, sous la pluie, dans la boue, avec un sac à dos plus lourd que ton moral à cet instant précis.

Tu te dépasses parce que tu dois faire plus de pompes que ton corps n'a démocratiquement voté. Tes muscles ont voté NON. L'armée a opposé son veto.

Tu te dépasses parce que tu exécutes des ordres qui, logiquement, n'ont aucun sens, mais qui sont militairement obligatoires.

Et finalement – et c'est là que cela devient philosophique – tu te dépasses parce que tu es prêt à tirer sur d'autres êtres humains. Pas par colère. Pas par haine. Mais parce que l'État l'exige, parce que c'est la norme pour l'OTAN, et parce qu'entre-temps tu es devenu une version de toi-même que tu ne reconnais presque plus.

L'armée transforme les recrues en une autre personnalité. Ce n'est pas une métaphore. C'est le produit.

Tu entres en tant que toi. Tu sors en tant que «PRETT».

Prêt pour quoi ?

L'armée se dépasse – avec un salaire enfin arrivé au minimum

Le salaire de base a été augmenté de 530 € par mois en mars 2026, pour enfin s'aligner sur le salaire minimum non qualifié.

«Se dépasser» signifie ici: descendre au niveau de base.

52 nouvelles recrues ont été assermentées en janvier 2026. 52. Pour un objectif de 650. Cela représente environ 8 pour cent.

Ce n'est pas une armée. C'est une sortie scolaire dans une pizzeria.

«PRETT» est peut-être le mauvais slogan ici.

«PAS DU TOUT PRETT» aurait été plus honnête, mais je comprends que cela ne fasse pas aussi bon effet sur un bus.

La Grande Région comme réservoir de talents

Pour combler le vide, la Chambre des députés a voté en janvier 2026 une loi permettant aussi aux non-Luxembourgeois et non-résidents de s'engager comme soldats.

Nous ne nous dépassons donc pas seulement nous-mêmes – nous dépassons nos frontières. Au sens propre du terme.

Le Luxembourg va pêcher dans la Grande Région, comme il le fait déjà pour les infirmiers, les chauffeurs, les caissières et les serveurs, entre autres.

Le soldat de demain viendra probablement de Thionville, d'Arlon ou de Trèves.

PRETT – mais pas pour le front.

#prett – PRETT pour rien

Quand on clique sur le hashtag #prett sur les réseaux sociaux, on ne tombe pas sur l'armée. Pas de recrues. Pas d'uniformes.

Mais des photos de fêtes associatives, d'événements sportifs et de gens qui profitent de leur week-end.

Les algorithmes n'ont pas reconnu l'armée. La jeunesse non plus.

La caserne n'est pas une start-up, après tout.

La campagne est prête. Les gens, eux, ne le sont pas.

Un internaute a écrit sur Facebook: «Cette campagne atteint des sommets de mauvais goût.»

Je formulerais cela un peu différemment :

Elle est PRETT. PRETT à montrer que la jeunesse préfère vivre que mourir.

Si la jeunesse était vraiment prête à combattre et à mourir, elle se présenterait. Mais elle ne se présente pas. Et c'est la garantie la plus honnête que ce pays préfère encore la paix aux héros.

Le bus continue sa route.

Le soldat sans visage garde l'«ennemi» dans son viseur.

Et les recrues?

Ils restent à la maison – PRETT, mais pour autre chose.

Kommentar schreiben

Kommentare: 0