Partout, rien que de la «qualité restaurant»
C’est l’été. C’est la saison des barbecues. Et soyons honnêtes: «Celui qui ne mange rien grillé n’appartient pas à la société!»

Je voulais simplement acheter du charbon de bois. Pas un produit de luxe, ni un combustible gourmet raffiné, juste du charbon ordinaire, qui fait du feu. Mais dès mon entrée dans le supermarché, j’ai compris: le monde de la consommation ne facilite plus rien.
Des sacs empilés comme un mur de forteresse, tous arborant fièrement l’étiquette: «qualité restaurant». Comme si j’avais engagé un chef étoilé dans mon jardin. Désespérément, j’ai cherché le bon vieux charbon pour usage domestique – disparu. Je me suis demandé: qu’est-ce qui rend ce charbon meilleur que celui de mes grands-parents? Est-il sélectionné solennellement par un sommelier du barbecue, comme un Bordeaux? Ou est-ce juste une victime de la poésie marketing, qui classe même le bois brûlé en catégories?
Si ce charbon est de «qualité restaurant», que dire du reste? Est-ce de la «qualité camping»? «Qualité arrière-cour»? Qui veut encore griller avec du charbon de roturier? Non merci. Avec du combustible premium, même une saucisse brûlée a un goût de haute cuisine. Un miracle chimique! Les aliments ne brûlent pas mieux, mais avec style.
Mais de quel restaurant parle-t-on? Le temple gastronomique où le filet de bœuf coûte 75€? Ou le fast-food de la zone industrielle? «Qualité restaurant» peut tout dire. Ils s’appellent tous «restaurant».
Depuis des générations, on pense que seule la viande mérite le grill. Mais le charbon de qualité restaurant promet que même une simple courgette aura le goût d’un plat étoilé. Faut-il un certificat de charbon pour un poivron? Les aubergines reçoivent-elles désormais des étoiles Michelin?
Tandis que les pros du marketing ignorent ces questions, une vérité se dessine: quiconque grille avec du charbon de discounter risque l’exclusion culinaire. L’élite du barbecue est formelle: «Ce sont les charbons qui comptent, pas la viande!»
Une image familière: le barbecue high-tech trône dans le jardin comme un chef-d’œuvre d’ingénierie. À côté, le maître du grill en tablier design, jurant par son charbon «restaurant». Et puis… la déception: un morceau de viande indéfinissable issu d’une promo XXL finit sur le grill. 35€ pour le charbon, 1,99€ pour le filet de poulet. Peut-être que le charbon premium est juste une tentative désespérée de rendre un peu de dignité à la viande.
La boucherie peine à suivre, le magasin bio à côté est vide. Le poivron lutte face à une côte à l’os de 3 kilos. Mais le vrai drame se joue après le barbecue: un tiers des grillades finit à la poubelle. Heureusement, il y a la campagne «Anti-gaspi» du ministère de l’Agriculture.
Petite remarque: pendant que nos charbons sont rehaussés de labels prestigieux, ailleurs, on manque de nourriture tout court. Mais pas de panique: nous avons des études prouvant que la surconsommation de viande mène aux maladies de civilisation. Un vrai progrès!
Heureusement, je suis végétarien. Peut-être que la performance de ce charbon de qualité restaurant ne se révèle qu’avec des brochettes de légumes. J’ai quand même pris le sac. Que je le veuille ou non, la société de consommation m’a eu avec sa «qualité restaurant».
Prochaine étape dans la connerie? Pourquoi s’arrêter au charbon? Il nous faut du ketchup qualité restaurant, des serviettes qualité restaurant, des sacs-poubelle qualité restaurant, des pinces à grill qualité restaurant – et bien sûr, une lampe qualité restaurant… pour le post Instagram parfait. Là, le barbecue sera vraiment réussi.
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