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Ferme protégée à Enscherange

Avilissement du patrimoine

Sur le thème de la protection des monuments, il y aurait tant à dire qu’on pourrait en faire toute une émission. Le reportage de RTL Luxembourg en a constitué un début. Merci aux journalistes Monique Kater (Télé) et Chris Meisch (Radio) pour leur intérêt. Il reste à espérer que leur sujet déclenchera un débat plus large.

L'image montre plusieurs photos de la ferme protégée d'Enscherange dans les Ardennes luxembourgeoises au fil du temps, de 2014, lorsqu'elle était encore une bijou, jusqu'en 2025 lorsqu'elle s'est effondrée.
▲ Le développement de la ferme protégée d'Enscherange au fil des années.

Concernant la ferme protégée à Äischer, on peut constater que :

➤ Le ministre de la Culture n’a strictement rien fait une fois la ferme classée.

➤ Le ministre a envoyé deux fois la même lettre en guise de réponse, où l’on pouvait lire « nous examinons », « nous évaluons », lorsqu’on lui signalait l’état déplorable de la ferme – mais aucune action n’a suivi.

➤ Enscherange n’est pas un cas isolé. Il existe d’autres bâtiments classés dans le pays dans un état si mauvais qu’ils sont sur le point de s’effondrer. On peut citer, par exemple, Sprénkeng/Dippech, Dudelange/Chapelle Saint-Éligius, Hierber ou Béiwen.

➤ Au Luxembourg, le prix au mètre carré des constructions neuves compte davantage que la protection du patrimoine. Celle-ci existe souvent seulement sur le papier, tandis que dans la réalité ce sont les promoteurs qui règnent.

➤ Les communes se montrent très souvent désintéressées. Les bourgmestres prétendent tenir au patrimoine et être actifs. Leur activité se manifeste surtout lors des inaugurations de nouveaux bâtiments, ciseaux à la main pour couper les rubans.

➤ Le problème n’est pas seulement la dégradation d’une ferme, comme à Äischer dans le Kiischpelt, mais bien la dégradation de la responsabilité politique.

Sur les réseaux sociaux, le reportage de RTL est vivement discuté.

Sur les pages Facebook Luxembourg under Destruction et Lëtzebuerger Bauierwen erhalen / Architekturopstand & Baukultur, des discussions très animées ont eu lieu.

Ce qui frappe, c’est le nombre de personnes qui estiment qu’un propriétaire peut faire ce qu’il veut de son bien immobilier, et que l’État n’a pas à intervenir. Pour certains, laisser un bâtiment tomber en ruine est parfaitement acceptable. Un coup de pelleteuse, et c’est réglé ! Heureusement, d’autres commentaires vont dans un sens différent. Le débat sur les réseaux sociaux montre que nous avons encore du pain sur la planche pour convaincre le public de la valeur et du sens de la protection du patrimoine.

Plus les gens pensent qu’un propriétaire peut faire ce qu’il veut de son bien, plus les responsables politiques trouvent facile d’agir comme ils le font actuellement : démolir et remplacer par des boîtes à chaussures.

Un thème qui revient sans cesse dans les commentaires est celui du logement. Que nous soyons en pleine crise du logement est bien connu. Sinon, 140 000 Luxembourgeois ne vivraient pas à l’étranger. Mais cette crise ne se résout pas en rasant tous les vieux bâtiments sous prétexte qu’il faut du logement. De nombreuses maisons anciennes et dignes de protection sont détruites et remplacées par des résidences où, au final, ce sont souvent des sociétés-boîtes aux lettres qui « habitent ».

Weiswampach en est rempli. Ce village agricole s’est transformé en un deuxième Kirchberg, avec des dizaines de résidences où personne ne vit. Le fait que ces appartements aient été détournés de leur usage est balayé sous le fameux tapis – comme tant d’autres choses au Luxembourg.

▲ Les "habitants" de Weiswampach - des sociétés écran.


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